Pendant des décennies, l’évaluation annuelle était un exercice à sens unique : le supérieur hiérarchique scrutait les performances de son subordonné. Mais en 2025, le monde du travail a radicalement changé. La hiérarchie pyramidale laisse place à des structures plus horizontales et collaboratives. Dans ce contexte, évaluer son manager n’est plus un acte de rébellion, mais un levier stratégique pour la performance de l’entreprise.
Alors, pourquoi franchir le pas ? Quels sont les risques ? et, surtout, quels sont les gains réels pour les équipes ? Plongée au cœur d’une pratique qui redéfinit le leadership moderne.
L’impact direct sur l’engagement des collaborateurs
Le constat est sans appel : on ne quitte pas une entreprise, on quitte un manager. L’engagement des employés est intrinsèquement lié à la qualité du management qu’ils reçoivent au quotidien.
Une donnée chiffrée cruciale
Selon une étude de référence menée par le cabinet Gallup, les managers sont responsables d’au moins 70 % de la variance des scores d’engagement des employés.
Ce chiffre souligne l’importance vitale d’offrir un miroir à ceux qui dirigent. Si un manager ignore l’impact de son comportement sur son équipe, il ne peut pas s’améliorer. En permettant aux collaborateurs d’évaluer leur manager, l’entreprise s’assure de corriger les trajectoires avant que le désengagement ne mène au turnover.
Ce que ça apporte
Une relation manager-collaborateur bidirectionnelle
Traditionnellement, l’évaluation est descendante : le manager évalue ses équipes. Mais une culture saine reconnaît que la relation est bidirectionnelle : les collaborateurs peuvent aussi apporter un regard précieux sur le style et les pratiques de leur responsable. Cela favorise une communication ouverte et permet au manager d’identifier ce qui fonctionne, ou pas, dans son leadership. Cette idée est également défendue par des experts qui encouragent les entreprises à sortir d’une relation hiérarchique unilatérale et à considérer le feedback ascendant comme un outil d’amélioration collective.
Une amélioration des pratiques managériales et de la cohésion
Faire l’effort d’évaluer son manager aide à renforcer l’écoute et la compréhension mutuelle. Un retour constructif permet au manager de mieux comprendre comment ses décisions, son style de communication ou son accompagnement sont perçus sur le terrain et d’ajuster son comportement en conséquence. Les feedbacks ne sont pas là pour blâmer, mais pour aligner les actions et les perceptions.
Développement professionnel et performance
Des systèmes d’évaluation, comme le feedback 360°, donnent à chacun, managers inclus, une vision plus complète de ses compétences et axes d’amélioration. Ce type de méthode, en recueillant des avis de différentes sources (pairs, subordonnés, supérieurs), est largement utilisé dans les entreprises modernes pour développer le leadership et booster la performance globale.

Briser les « angles morts » du leadership
Même le leader le plus bienveillant possède des angles morts. Ce sont ces comportements, souvent inconscients, qui peuvent freiner la productivité ou créer des tensions inutiles.
Le feedback comme petit-déjeuner des champions
Comme le disait si bien l’expert en management Kenneth Blanchard :
« Le feedback est le petit-déjeuner des champions. »
Cette citation prend tout son sens lorsqu’il s’agit de management ascendant. Un manager qui accepte d’être évalué par ses collaborateurs fait preuve d’une grande maturité professionnelle. Évaluer son manager, c’est lui donner les outils pour comprendre comment ses décisions sont perçues « sur le terrain » et comment il peut mieux soutenir ses troupes.
Créer une culture de sécurité psychologique
La sécurité psychologique est devenue la priorité RH. C’est la conviction que l’on peut s’exprimer, poser des questions ou admettre une erreur sans crainte de représailles.
Mettre en place un système pour évaluer son manager de manière constructive renforce cette sécurité. Cela prouve que la parole est libérée et que la hiérarchie n’est pas un bouclier contre l’amélioration continue. Lorsque les employés sentent que leur avis compte, leur sentiment d’appartenance décuple.

Comment évaluer son manager concrètement ?
Il ne s’agit pas de « noter » son supérieur comme on noterait un chauffeur VTC. Pour que l’exercice soit utile, il doit être structuré.
Voici les méthodes les plus efficaces en 2025 :
- Le feedback 360 degrés : Le manager reçoit des évaluations de ses pairs, de ses supérieurs, mais aussi de ses subordonnés. C’est la méthode la plus complète.
- Les enquêtes de satisfaction internes : Des questionnaires anonymes réguliers pour prendre la température du climat social.
- L’entretien annuel inversé : Un temps dédié où le manager demande explicitement : « Que puis-je faire pour mieux t’aider dans tes missions ? »
Les critères à évaluer
Pour que la démarche soit pertinente, il est conseillé de se concentrer sur des soft skills :
- La clarté de la communication et des objectifs.
- La capacité à déléguer et à faire confiance.
- Le soutien apporté au développement de carrière.
- La reconnaissance du travail accompli.
Les pièges à éviter pour une évaluation réussie
Le risque majeur lorsqu’on décide d’évaluer son manager est la peur des retombées négatives. Pour réussir cette transition, l’entreprise doit garantir :
- L’anonymat : C’est la condition sine qua non pour obtenir une vérité honnête, surtout dans les cultures d’entreprise encore très hiérarchisées.
- La bienveillance : L’objectif doit être l’évolution, pas le règlement de comptes. Le feedback doit être factuel et orienté vers des solutions.
- Le suivi : Rien n’est plus frustrant pour une équipe que d’évaluer son manager et de ne voir aucun changement. Les résultats doivent donner lieu à un plan d’action concret.
Conclusion : C’est un levier de performance collective
En conclusion, évaluer son manager est devenu une nécessité pour les organisations qui visent l’excellence. C’est un puissant levier pour réduire le turnover, booster l’engagement et moderniser les relations de travail. Loin d’affaiblir l’autorité, cette pratique renforce la légitimité du leader en l’ancrant dans une démarche d’authenticité et d’amélioration permanente.
L’ère du manager « omniscient » est révolue. Place au manager « apprenant », qui grandit grâce au regard de ceux qu’il dirige.